La Bête qui mangeait le monde est un projet que j’ai commencé à développer il y a plusieurs années et qui, avec le temps, a pris différentes formes.

Depuis l’adolescence, je me passionne pour l’histoire de la Bête du Gévaudan, que je considère comme l’une des plus troublantes énigmes criminelles de l’Histoire, au même titre que les meurtres de Jack l’Éventreur ou l’assassinat de John Kennedy. Pour moi, il était clair qu’il y avait là toute la matière pour un excellent film. Et je ne comprenais pas pourquoi le cinéma français ne s’était pas encore emparé de cette figure marquante de notre patrimoine, dont l’histoire à la croisée des genres mêle naturellement enjeux individuels et collectifs, actes de bravoure et complots machiavéliques, figures mystérieuses, tragiques et hautes en couleur.

Erreur réparée en 2001 avec la sortie – triomphale – du Pacte des Loups. Malheureusement, malgré d’évidentes qualités, le film m’avait laissé sur ma faim tant il prenait des libertés avec les faits historiques. Et encore, ce n’était rien à côté du téléfilm La bête du Gévaudan, diffusé sur France 3 quelques mois pour tard histoire de surfer sur la vague. Le choix le plus discutable concernait la Bête elle-même. En faisant de celle-ci un lion protégé par une sorte d’armure ou un psychopathe simplement revêtu d’une peau de loup, les deux œuvres contredisaient plusieurs centaines de témoignages, qui évoquaient tous un grand canidé au pelage roux traversé par une grande bande noire.

Une illustration de la Bête du Gévaudan signée Johanna Öst.

Finalement, j’ai décidé de me faire plaisir et de « réveiller la Bête » à nouveau, avec comme modeste ambition de rendre justice à cette incroyable histoire qui est bien loin d’avoir livré tous ses secrets. Afin de retracer de façon aussi fidèle et exhaustive que possible les trois longues années durant lesquelles le monstre a sévi, mettre en lumière tous les aspects de l’affaire (politiques, humains, sociaux, théologiques, médiatiques même) et ressusciter l’ensemble des acteurs du drame, je me suis basé sur l’ouvrage La bête du Gévaudan, l’innocence des loups, publié en 1992. Son auteur, Michel Louis, est un zoologiste de renom et il me semble qu’il est le premier, en plus de 200 ans, à proposer une solution à l’énigme en tous points crédible.

Au vu de la richesse du sujet, de sa violence (rappelons que la Bête a fait plus de 100 victimes, dont une majorité d’enfants) et de son coût inévitable (costumes et décors en pagaille), cette histoire ne pouvait être selon moi que racontée sur le grand écran. M’inspirant de l’exemple de Mesrine de Jean-François Richet (2008) ou encore des deux derniers Harry Potter (2010 et 2011), je lui ai donc donné la forme d’un dyptique.

La multiplication des plateformes ces dernières années, et le sursaut de créativité que cela a occasionné au sein de la fiction télé française, m’a laissé penser que le format mini-série pourrait être un choix tout aussi judicieux pour retracer de façon aussi fidèle et exhaustive que possible ces trois années de terreur, mettre en lumière tous les aspects de l’affaire (politiques, humains, sociaux, théologiques, médiatiques même) et ressusciter l’ensemble des acteurs liés au destin de la Bête.

J’ai donc réarrangé mon récit pour qu’il se déploie sur six épisodes de 50 mn à 1h chacun, un format qui semble avoir les faveurs du public en France comme à l’étranger. Je suis convaincu que, sous cette forme, il y a toute la matière pour donner vie à une œuvre de télévision dense, ambitieuse et populaire comme savent si bien les faire les anglo-saxons, mais à l’identité 100 % française car puisant au cœur de ce fabuleux patrimoine historique et culturel si tristement négligé par les créateurs modernes

Le projet existe actuellement sous la forme d’un traitement d’une quarantaine de pages, auxquelles viennent s’ajouter un synopsis, une note d’intention et les continuités dialoguées de plusieurs scènes des épisodes 1 et 2.

Fermer le menu